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Au cours des deux dernières années qui se sont écoulées, les relations entre la Russie et la Chine ont connu une rapide évolution ou pour être plus exact, une plus grande médiatisation. 

Or, ces dynamiques qui, au départ, étaient d’ordre économique et commerciale, ont peu à peu dérivé vers l’aspect militaire.

Pourtant, pour mieux comprendre l’évolution de ces relations, parfois ambiguës, il est nécessaire de remonter à genèse de leurs relations afin de mieux appréhender leur viabilité.

La relation et les partenariats mis en places, sont-ils aussi idylliques que veulent le faire croire les commandants de ces deux puissances ? Qu’en est-il concrètement ?

Commerce, politique et situation militaire

Le volume des échanges de toutes formes entre les deux puissances ont bien évolué lorsque l’on compare les chiffres datant du début du siècle et les chiffres de l’année 2021. Tandis qu’en 2000, ils s’élevaient à moins de 8 milliards de dollars,

ce même volume a atteint les près de 140 milliards de dollars en 2021, donc juste avant le conflit en Ukraine

Pour l’anecdote, en 2022, année du conflit russo-ukrainien, le volume total d’échange entre les deux puissances a passé le cap des 190 milliards de dollars, ce qui a contribué à ce que les médias brandissent ce chiffre comme symbole de la coopération sino-russe plus forte que jamais. 

Par exemple, la Chine a importé, au cours de cette année, un volume total de 114 milliards de dollars de marchandise de la Russie, notamment du pétrole sous diverses formes ainsi que d’autres combustibles et matières premières, 

et en a exporté pour 76 milliards de dollars, dont notamment de la machinerie, des équipements industriels et électroniques ainsi que des produits manufacturiers. 

La croissance des volumes d’échange d’une année sur l’autre s’affiche ainsi à 37 pour cent, soit, la croissance la plus importante au cours des dernières années.

On voit donc très clairement que la tendance croissante des échanges entre les deux puissances s’est poursuivie en cette année 2023. 

Le fait est que la Russie a besoin de ressource en capitaux pour financer la guerre et particulièrement pour se protéger contre la transition européenne vers des alternatives antirusses. De son côté, la Chine veut réduire sa dépendance au détroit de Malacca et profiter des plafonds sur le prix du pétrole russe plus abordable pour approvisionner son immense industrie en énergie. 

Voici deux des principales raisons qui peuvent expliquer la croissance massive des échanges entre 2021 et 2022. 

Plus concrètement, rappelons qu’au dernier trimestre de l’année 2022, les pays du G7 ont plafonné à 60 dollars le prix du baril de pétrole brut en provenance de la Russie, alors qu’au même moment, ce même pétrole affichait des prix entre 75 et 80 dollars le baril. 

Ainsi, grâce au trajet depuis la mer rouge vers la Chine en passant par le détroit de Malacca, l’acquisition de pétrole depuis les pays arabes est toujours revenu moins chère à la Chine plutôt que l’acquisition depuis la Russie. 

En effet, bien que les deux pays partagent des frontières terrestres, les zones de production sont bien trop éloignées. Mais cela a changé depuis la mise en place du plafonnement sur les prix du pétrole russe. En effet, tout comme pour l’Inde, la décote des prix du pétrole russe a tout d’un coup rendu l’importation de produit pétrolier russe beaucoup plus rentable pour la Chine qui ne s’est pas gêné à en acheter massivement. 

Les achats furent tels qu’à partir du dernier trimestre 2022, la Russie est devenue le premier fournisseur de la Chine en or noir, position qui fut précédemment détenue par l’Arabie Saoudite pendant plusieurs années. 

La Chine fait ainsi d’une pierre deux coups ! 

D’un côté, elle apporte son soutien à son allié russe en alimentant ses caisses et, de l’autre, elle alimente son industrie avec du pétrole à prix compétitif. 

Vu le maintien du cap et l’augmentation des prix de barils depuis juillet 2023, la tendance n’est pas près de s’arrêter, car, même si le prix de l’oural russe a franchi le cap après l’augmentation générale des prix, la décote par rapport à la concurrence demeure très importante et par conséquent très rentable.

Politique et souveraineté

Cela n’est un secret pour personne, la Chine considère Taïwan comme un territoire autonome devant répondre au pouvoir central de pékin, un peu comme Hong-Kong, qui plus est Taïwan peut aujourd’hui être considéré comme le territoire le plus important stratégiquement parlant grâce à son industrie de semi-conducteur qui est la plus aboutie. 

La Chine et la Russie sont tous deux, des pays refusant de se plier aux volontés américaines et se présentent en challengers face au pays de l’oncle Sam sur les plans économiques, géopolitiques et militaires. 

Le problème, c’est que, face à leurs hostilités manifestées de différentes formes, les deux pays sont aujourd’hui encerclés en quelque sorte par les États-Unis et leurs alliés. Dans le cas de la Chine, il est encerclé par l’Inde, allié des États-Unis et avec qui il dispute des territoires frontaliers, l’Australie, le Vietnam, le Japon, Singapour, les Philippines ainsi que la Corée du Sud. 

Ce sont tous des pays ayant, avec les États-Unis, des traités militaires ou des partenariats stratégiques et les US disposent de bases militaires dans plusieurs de ces pays. 

De plus, comme on vient de le voir, le Moyen-Orient est devenu de facto le fournisseur optimal de ressources énergétiques à la Chine grâce au détroit de Malacca. Ce détroit est tellement important pour la Chine que, plus de 50 pour cent des produits passent par ce détroit. 

Mais la Chine n’est pas dupe et elle sait très bien, que ce détroit, à lui seul, représente une bien grande dépendance sur laquelle, il n’a pas grande autorité et qui sera très certainement utilisé contre elle en cas d’un conflit, notamment dans le cadre d’une attaque à Taïwan. 

En effet, ce détroit est contrôlé par Singapour et les États-Unis disposent d’une base militaire sur le territoire. Ainsi, avant toutes actions politiques ou militaires majeurs, la Chine doit s’assurer d’alternatives viables qui ne mettront pas son industrie et sa survie en jeu. 

La Russie, pour sa part, se sent de plus en plus menacée par l’OTAN, qui n’a cessé d’élargir son territoire et influence en faisant adhérer de plus en plus de pays frontaliers à la Russie, dont plusieurs anciens membres de l’ex-URSS. Face à cela, et pour plusieurs autres raisons également, la Russie a envahi l’Ukraine en février 2022. En conséquence de quoi, les États-Unis avec ses pays alliés ont lancé une série de sanctions visant à faire plier la Russie. 

Sur le plan politique, on voit donc que la Russie et la Chine partagent de nombreux intérêts et notamment un adversaire commun : les États-Unis et leur influence.

Chine - Russie : de véritables alliés ?

Si la Russie et la Chine, n’ont, officiellement, aucune alliance militaire les engageants en cas d’attaque adverses comme l’alliance OTAN, il existe une certaine relation officieuse entre ces deux acteurs.

En effet, entre 1950 et 1960, l’union soviétique a apporté à la Chine, les technologies, le personnel et les formations nécessaires pour commencer et développer le nucléaire civil et militaire chinois. 

En outre, les deux puissances effectuent, fréquemment, des exercices militaires conjoints, considérés comme très important pour la Chine, qui n’a pas connu d’expérience de guerre d’échelle internationale au cours des dernières décennies.

En plus de l’expérience militaire que les participants acquièrent, ces exercices sont également un outil politique signalant leurs capacités à se défendre et à attaquer.

De plus, il ne faut pas oublier que la Chine et la Russie fondent leur régime politique et économique, sur des principes communistes au travers de régimes gouvernementaux autoritaires et autocratiques et à leur tête, des hommes à la poigne de fer : Xi Jinping en Chine et Vladimir Poutine en Russie. 

Les deux hommes sont d’ailleurs considérés comme la raison du rapprochement plus important entre ces deux pays, depuis 2010, et ils seraient de bons amis, le président chinois ayant eu plus de rencontres officielles avec son homologue russe qu’avec n’importe quel autre représentant d’État.

Les relations entre ces deux pays sont basées, avant tout, sur le respect mutuel et les intérêts internes de chacun des partis. 

Dans ce contexte, la Russie a apporté à la Chine, un soutien ferme et affirmé dans l’affaire Chine-Taïwan, et ce, depuis la crise du détroit de Taïwan en 1995. La Russie a également soutenu pékin dans les répressions à Hongkong, et au Tibet, et elle a maintenu un statut de neutralité dans les réclamations chinoises en mer de Chine du Sud.

La Chine, quant à elle, a adopté un statut de neutralité dans les réclamations et les interventions russes en Syrie, en Géorgie, en Tchétchénie ou encore en Ukraine. 

Les deux partis partagent donc un certain nombre de convictions politiques, sans compter les alliances politico-économiques dont le plus important est sans aucun doute l’alliance des BRICS. 

En outre, et pour couronner le tout, les deux pays bénéficient d’un droit de veto au Conseil de Sécurité des Nations Unis qu’ils peuvent employer pour se défaire l’un l’autre ou faire face à une mesure occidentale allant à l’encontre de leurs intérêts. 

Outre leurs points communs, les deux pays se complètent sur beaucoup d’autres aspects : 

1° Premièrement, la Russie est un vaste pays ayant une échelle de continent et peut être considéré comme l’un des pays les plus riches en termes de ressources naturelles énergétiques, comme le gaz et le pétrole. De plus, sa faible densité de population et son industrie ne lui permettent pas de consommer l’ensemble de ces ressources. 

De l’autre côté, la Chine, même si elle est aussi immense par sa taille, a une population tout aussi grande et une industrie capable d’absorber l’ensemble des ressources russes. Nous avons donc, sur le plan énergétique brut, le pays le plus consommateur et le pays qui produit bien au-delà de ses propres besoins, ce qui permet de faire coïncider leurs intérêts.

2° Deuxièmement, les deux pays sont proches et partagent des frontières communes, ce qui facilite les échanges et permet l’établissement de canaux de livraison, au travers de routes, de bateaux ou encore de pipelines. Ainsi, la Russie fournit à la Chine les combustibles et les ressources énergétiques et reçoit, en échange, de la Chine des produits manufacturiers, des équipements électroniques et technologiques.

3° Troisièmement, la Russie a une influence dans certains pays où la Chine n’est pas forcément perçue comme un pays ami, dont notamment l’Inde et le Vietnam.

En ce sens, leurs alignements, leurs intérêts et la situation économique et industrielle de la Chine et de la Russie font qu’ils se complètent et seraient probablement devenus partenaires économiques même en l’absence d’accords politiques.

Histoire et des relations sino-russes : confiance entachée par l’histoire ?

Toutefois, il faut savoir que les relations entre la Chine et la Russie ont été, sur une grande partie de leur histoire commune, une relation de méfiance et parfois conflictuelle. 

Il est possible de remonter à 1689, année au cours de laquelle est établi le traité de Nertchinsk qui délimita les frontières de la Chine sous la dynastie Qing et la Russie, favorisant grandement la Russie et lui donnant la quasi-totalité de la Sibérie. 

Le traité et les frontières établies furent respectés par les deux parties et furent effectives jusqu’à la première partie des années 1800. Ce siècle a vu se succéder les différentes guerres de l’opium et l’imposition au territoire chinois de conditions commerciales indésirés. Ainsi, si la Russie n’a pas activement participé aux conflits mentionnés, elle a néanmoins profité du chaos et de la situation de faiblesse de la Chine pour agrandir les territoires russes. En 1858 et en 1860, la Chine déjà en guerre avec la couronne britannique et la France a été contrainte de signer avec la Russie, les traités d’Aigun et de Pekin pour éviter une potentielle entrée en guerre de la Russie également. 

La Russie a ainsi acquis, au terme de ce traité, un territoire d’une superficie d’environ un million de kilomètres carrés qui délimite la frontière nord-est entre les deux pays. Évidemment, la Chine n’a pas oublié ces évènements qualifiés de siècle de la honte.

Un demi-siècle plus tard, l’Union soviétique, sous Lénine, fut parmi les premiers, à reconnaitre la souveraineté de la république de Chine, ayant vu le jour en 1912 à la suite de mouvements nationalistes ayant renversé la dynastie Qing. 

Si les deux pays partageaient, en commun, le système politique et économique communiste, ils ne partageaient pas les mêmes idéologies de communismes et ils existaient des tensions frontalières entre les deux. 

Si les relations entre la Russie et la Chine se sont apaisées, il faut bien rester conscient que, tandis que la Chine fournit à la Russie près de 22 pour cent de toutes ses importations et est son premier partenaire commercial, la réciproque est loin d’être le cas du côté de la Russie.

Aussi, la dépendance russe aux produits chinois est en croissance et peut devenir problématique si la Chine trouve d’autres fournisseurs pour suppléer les moins de 4 pour cent des produits en provenance de la Russie.

De ce fait, la Russie, qui voit de plus en plus le nombre d’acheteurs se réduire depuis le conflit en Ukraine, prend le risque de se retrouver à la merci des quelques pays acheteurs auxquelles elle se verra obligée de brader ses prix, fautes d’autres acheteurs. 

Finalement, pour ce qui est du militaire, si, aujourd’hui, la Russie peut se targuer d’avoir une certaine expérience en la matière, la faiblesse de ses investissements militaires comparés à celles chinoises, aux États-Unis ou au reste des pays de l’OTAN fait que beaucoup de ses équipements militaires sont devenus caduques et si les investissements militaires et technologiques ne sont pas développés, il deviendrait un point faible dans une alliance militaire sino-russe qui deviendra de plus en plus compliqué à justifier de part l’inégalité des apports.

Ainsi, bien que pendant de longues années, la Russie a conservé l’avantage sur le plan militaire, cette dynamique commence par changer. Grâce à la copie de technologies, à l'accord de certains brevets par la Russie et ses investissements massifs dans les secteurs de l’armement, sur le plan des équipements militaires, la Chine a fortement réduit sa dépendance militaire quant aux importations d’armes russes. 

En outre, selon les équipements, la Chine a suffisamment développé ses industries nationales pour rivaliser avec les équipements russes, voir les surpasser dans certains cas. 

Aussi, la performance militaire de la Russie dans le conflit face à l’Ukraine n’a pas été aussi expéditifs que beaucoup pensaient. Si la Chine continue de multiplier ses investissements militaires et continuent d’améliorer ses technologies et si la Russie ne se renouvelle pas à une vitesse comparable, c’est elle qui sera laissée derrière et qui deviendra dépendante de la Chine pour rester compétitive sur la scène internationale

Tout cela, sans compter l’augmentation de l’influence chinoise dans des territoires pré-soviétique, notamment au travers de l’initiative chinoise des routes de la soie. 

En effet, dans cette optique des routes de la soie, la Chine a multiplié des investissements et a accordé des prêts aux pays d’Asie centrale, éclipsant, de facto, la puissance et la présence russe.